Altadev

Pierre Deyries, Directeur Développement Durable IKEA France

IKEA, présent dans 25 pays du globe, possède 300 magasins et emploie 130 000 collaborateurs.
D’origine suédoise, le groupe fait
« naturellement » du Développement Durable depuis déjà deux décennies. Conduit à formaliser ses engagements par une politique exigeante et complète, IKEA développe des actions visant à économiser l’énergie et à prendre en compte le social à tous les niveaux de l’organisation.
L’engagement DD d’Ikea ou lorsqu’ exemplarité et modestie remettent sans cesse l’ouvrage sur le métier.

Le Développement Durable serait, chez Ikea, une « culture d’entreprise ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le rapport à l’environnement d’Ikea vient de la tradition scandinave : proche de la nature et proche des gens. La Suède est de ces pays qui ont dit, déjà dans les années 50, « cela on peut le faire, cela on ne peut pas le faire ».
Au début des années 90, la qualité d’un de nos produits a été mise en doute ainsi que notre éthique concernant les process de fabrication. Ces crises nous ont obligés à formaliser une politique DD déjà bien engagée. C’est, aujourd’hui, ce qui nous donne de l’avance sur les autres.
Au début des années 1990 nous formalisons notre politique environnementale.
A partir de 2000, nous mettons en place une politique environnementale et sociale.

Quels bénéfices retirez-vous de la politique mise en œuvre ?
A l’interne nous créons autour de nos engagements DD de la cohésion, c’est un thème très mobilisateur. A partir de cette phrase : « des petits prix mais pas à n’importe quel prix », nous prenons nos responsabilités concernant l’approvisionnement en bois et en coton ; mais aussi concernant le social, les rapports avec les fournisseurs, le travail des enfants, etc.

Vous avez noué des partenariats avec des associations, cette stratégie vient-elle soutenir vos engagements ?
Au niveau du groupe, les partenariats stratégiques sont le WWF, l’Unicef et Save The Children.
L’objectif du partenariat international avec le WWF était d’être meilleurs rapidement sur la gestion du bois qui représente 50 % de notre matière première. Il a permis de challenger les collaborateurs sur cette question.
Au niveau national, nos partenaires sont l’Unicef, l’ONF, la Fondation Abbé Pierre et depuis un an, le WWF. Nous sommes en lien constant avec une personne du WWF qui, selon les besoins, nous met en relation avec un spécialiste, des climats, de la biodiversité, etc. Elle assiste, plusieurs fois dans l’année, aux réunions de notre comité RSE France constitué d’un représentant de chaque métier.

Quels sont vos chantiers prioritaires sur les questions environnementales ?
Nous prenons nos responsabilités dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Par exemple, pour le transport des marchandises : 60 % de taux de remplissage des camions, c’est plutôt un bon résultat. Lorsque nous mettons dans nos camions 1 % de marchandises en plus, ce sont plusieurs milliers de tonnes de CO2 évitées et des milliers d’euros, bien sûr !
Aujourd’hui 5,8 % de nos clients utilisent les transports en commun. L’objectif est d’atteindre 15 %.
Nous encourageons les résidents des centres villes à utiliser les transports en commun pour venir chez IKEA. Nous souhaitons être acteurs du changement de mentalités des usagers de la voiture individuelle.
En matière d’économie d’énergie sur nos sites, notre objectif est une réduction de 25 %. En trois ans nous avons réduit de 13 % nos consommations. Pour 2009, nous n’avons pas encore les chiffres mais nous pouvons avancer une réduction de 2 % supplémentaires.
Nous investissons dans des chaudières à énergies renouvelables, des panneaux photovoltaïques et des éoliennes.

Vous menez une politique RSE ambitieuse, quels sont vos résultats ?
La partie sociale est très importante car il est nécessaire de s’occuper du devenir des enfants en Inde et au Pakistan, en lien avec nos activités dans ces pays, mais aussi de mettre en place, parallèlement, des actions qui concernent directement les collaborateurs.
Sur la question de la précarité dans nos établissements français, à la fin de l’année, nous n’aurons plus de temps partiel subi. Jusqu’à ce que, bien sûr, des personnes en temps partiel choisi reviennent sur ce choix.
Les bas salaires sont systématiquement réévalués en plus des augmentations opérées à la suite des négociations annuelles obligatoires. La rémunération la plus basse chez IKEA est de 6,2 % au-dessus du SMIC, c’est le résultat des engagements que l’on a pris et de leur mise en œuvre depuis 3 ans.
Le fait que nous essayons de privilégier les personnels qui en ont le plus besoin, ceux qui sont le moins privilégiés, aplanit certaines discussions. Il faut, pour autant, rester vigilants en permanence.

Il semble que vous anticipiez régulièrement les règlementations, est-ce stratégique ?
L’objectif est de s’adapter aux normes les plus contraignantes au niveau international, même si l’investissement nécessaire aux changements est important. Mais aujourd’hui, en plus d’un avantage concurrentiel, nous avons un avantage industriel. Nous nous apercevons que le fait d’être vertueux en matière de fabrication a également un avantage économique.

Est-ce que vous envisagez de communiquer plus largement sur votre politique DD ?
Cette année nous communiquons dans les magasins sur cette question. A l’externe, nous communiquons très peu. C’est un choix que nous assumons benoîtement car c’est un véritable choix stratégique.

Vous utilisez très peu les certifications et les labels pour légitimer cette politique.
Avec 130 000 collaborateurs et presque 300 magasins, nous devons en interne tenir nos engagements. Nous avons quand même un certain nombre de partenariats avec des ONG comme WWF qui, de fait, valident nos actions. On ne peut pas travailler avec de tels partenaires sans être vertueux. Nous jouons la transparence avec eux, ils ont donc forcément un droit de regard sur notre fonctionnement.

Propos recueillis par Marine Royet.

Aller plus loin :
Sur le groupe IKEA
Sur la politique développement durable d'Ikea
 

"Performance et développement durables"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Jérôme Soistier, président fondateur d'Altadev.

"Le dialogue avec les parties prenantes"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Dominique Royet, directrice associée d'Altadev.

Abonnez vous GRATUITEMENT à la newsletter Altadev !