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Rémi Roux, gérant d’Ethiquable

Ethiquable, SCOP fondée en 20031 , emploie aujourd’hui 75 salariés entre Paris et Fleurance, dans le Gers. Du fait de son activité de vente de produits issus du commerce équitable et de sa forme juridique, l’entreprise est « développement durable » dès l’origine. Agréée « Entreprise Solidaire », certifiée ISO 9001, membre du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux, chez Ethiquable la rémunération au SMIC n’existe pas et l’écart entre le plus bas et le plus haut salaire est au coefficient de 3,22 .
Ethiquable, comme son nom l’indique…

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’origine d’Ethiquable ?
Deux choses ont été déterminantes. D’une part, le fait de constater que les produits du commerce équitable étaient dans les linéaires des magasins spécialisés depuis une vingtaine d’années. D’autre part, la découverte de la forme juridique SCOP3 qui met vraiment l’homme et son travail au centre des valeurs de l’entreprise. Notre objectif était de travailler avec la grande distribution en limitant ses marges afin de rétribuer justement les producteurs. Cela permettait d’atteindre les 80 % des consommateurs qui font leurs achats dans les grands magasins.
A la création, nous n’avons pas bénéficié d’aide particulière. Notre forme juridique ne nous servait pas vraiment non plus car les banques nous voyaient plutôt comme des illuminés utopistes.

Pensez-vous qu’un tel projet serait aujourd’hui plus facile à mettre en œuvre ?
Aujourd’hui, avec la remise en question du modèle économique mondial, la SCOP paraît être une alternative réelle. Selon nous, c’est une évidence. Plus tard, le statut a d’ailleurs crédibilisé notre démarche tant il rentre en parfaite résonnance avec les préceptes du DD. Une SCOP doit être économiquement viable comme les autres entreprises mais surtout, l’aspect social est vraiment mis en valeur. Selon moi, une société qui veut vraiment faire du DD a tout intérêt à se créer en SCOP. Le statut est de plus en plus pertinent et plutôt mieux perçu par le grand public que les autres formes juridiques.

Pensez-vous qu’une démarche telle que la vôtre apporte des avantages concurrentiels ?
Nos résultats depuis la création de l’entreprise sont spectaculaires.
En 2003, nous avons commencé notre activité au mois d’octobre et nous avons fait un chiffre d’affaires de 80 000 €.
En 2004, nos produits étaient présentés dans les 500 magasins Leclerc et, par effet boule de neige, référencés par Carrefour pour Champion. Et du coup, notre chiffre d’affaires s’élève à 2,2 M€.
En 2005, nous avions prévu 4 M€ de chiffre d’affaires et nous avons atteint les 6,8 M€.
Nous avons doublé ce résultat en 2006 et cette année, nous allons être autour de 15 M€.

Le fait que le taux de croissance de votre chiffre d’affaire ralentisse cette année est-il lié à la crise ?
En 2008 et 2009, la crise a réduit un petit peu la croissance exponentielle que nous connaissions auparavant. Mais, en fait, nous subissons surtout la concurrence de Marques De Distributeurs (MDD) qui font des copies conformes de nos meilleures ventes. Avant cela, nous étions toujours au-dessus du marché : quand le marché était à 25 % de croissance, nous, nous étions à 30 %.
Cette crise met en avant le fait que le modèle économique actuel trouve ses limites. En tant qu’entreprise de l’économie solidaire, nous tirons profit de cela et je crois que l’on sortira de la crise par le haut. Les consommateurs sont quand même de plus en plus intéressés par des démarches qui ont du sens.

Quelle est la stratégie de l’entreprise aujourd’hui et notamment du fait de cette concurrence des MDD ?
Nous devons sans cesse innover.
Nous allons dans les deux ans à venir passer 95 % de notre gamme en bio.
Pour la majorité des salariés, il semble plus cohérent que les produits Ethiquable soient biologiques et l’affichent.
Nous essaimons Ethiquable dans d’autres pays : La SCOP Belge, Ethiquable Benelux ; Sabor Ethico en Espagne ; d’autres à venir... L’idée est d’étendre la zone d’influence du commerce équitable et d’avoir un poids suffisant pour que l’activité ne soit pas dénaturée par des multinationales.
Et nous lançons de nouveaux produits, comme les glaces, les desserts de fruits, les produits à base de litchis, etc.

A l’ interne, quelles sont vos actions-phares 2009 ?
Cette année, à la quinzaine du commerce équitable, nous avons envoyé tous les salariés de l’entreprise faire des animations chez nos clients, du préparateur de commandes à la comptable. Cela a fait beaucoup de bien et il en est ressorti des choses intéressantes.
Depuis quelques temps, les ateliers d’été réunissent chaque année tous les acteurs de l’entreprise à Fleurance. A cette occasion, nous organisons des sessions de formation, des tables rondes, des temps de réflexion. Quand, comme cette année, nous écrivons ensemble la stratégie de l’entreprise pour les 5 ans à venir, le concept de management participatif prend vraiment tout son sens. Chez Ethiquable, les gens ont envie de réussir, d’évoluer mais ils veulent surtout donner du sens à leur activité professionnelle.

Propos recueillis par Marine Royet

 

Pour en savoir plus

Ethiquable

La forme juridique SCOP :

L’agrément « Entreprise Solidaire »

 

1Les fondateurs : Rémi Roux, gérant, commercialisation & marketing ; Stéphane Comar, économiste, spécialisé dans l’organisation des filières agro-tropicales ; Christophe Eberhart, ingénieur agronome, relations avec les producteurs et développement des produits.
2moyenne des PME françaises 10, une grande marque connue concurrente est à un coefficient de 7.
3Société Coopérative Ouvrière de Production


 

"Performance et développement durables"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Jérôme Soistier, président fondateur d'Altadev.

"Le dialogue avec les parties prenantes"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Dominique Royet, directrice associée d'Altadev.

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