Grégoire GUYON est le Directeur de la communication de la Bonneterie d’Amor (Groupe Armor Lux).
La bonneterie d’Armor est implantée en Bretagne, à Quimper, depuis plus de 70 ans. Elle est célèbre depuis des décennies pour ses produits marins vendus sous la marque Armor Lux. En 1993, le groupe a été repris par Jean-Guy Le-Floch et Michel Gueguen. Les deux hommes ont fortement développé l’entreprise notamment sur un nouveau marché : le vêtement professionnel. Trois mots résument le positionnement d’Armor Lux : qualité, tradition et éthique. Armor Lux cultive son ancrage dans le territoire breton. Elle est aujourd’hui une des rares entreprises textile ayant encore des sites de production et des emplois en France (Quimper et Troyes avec 650 salariés). Depuis une dizaine d’années, cette démarche sociale s’accompagne d’une stratégie fortement axée autour du développement durable : social, sociétal et environnemental.
Quand on dit Armor Lux, on pense marinière. Quelles sont les autres activités de l’entreprise ?
Nous sommes spécialisés dans la conception, la fabrication et la distribution de vêtements de qualité. Nous avons une activité grand public, avec des vêtements et des sous-vêtements de loisir fortement inspirés de l'univers martime. Et depuis 2004, nous gérons l'habillement professionnel du personnel de grandes entreprises françaises : 140 000 agents de La Poste, 11 000 contrôleurs de la SNCF, 3 000 personnels de la région Bretagne, autant de salariés d’Aéroports de Paris et plus récemment 110 000 fonctionnaires de police. Cette activité représente aujourd’hui 35 % environ de notre chiffre d’affaires de 75 millions d’euros en 2008. C’est une activité complémentaire qui n’est pas soumise aux aléas de la mode et de la conjoncture.
L’entreprise est engagée dans une démarche de développement durable ambitieuse. Quelle est votre définition du développement durable ?
C’est une démarche concrète qui s’inscrit dans une logique de progrès et de performance, dans un profond respect de l’individu au travail. Cette démarche est au cœur de notre stratégie d’entreprise. Elle a trouvé ses premiers résultats avec la commercialisation d'articles en coton équitable labellisé Max Havelaar dont la fibre provient d'organisations de petits producteurs défavorisés. En 2008, Armor Lux est le premier distributeur de produits en coton équitable labellisé en france avec 25% de part de marché (600 000 pièces vendues).
Quelles actions symbolisent le mieux cette stratégie d’entreprise ?
Elles se répartissent en 4 volets : le social, le sociétal, l’environnemental et l’ancrage local.
1/ Nous avons la volonté de protéger l’emploi en France. Pour cela, nous avons fortement investi dans notre outil de production menacé pour des questions d'âge, de qualification et d'activité.
2/ Nous souhaitons maîtriser nos filières d’approvisionnement sur le plan de l’éthique et de la santé des consommateurs. Nos fournisseurs signent une charte de responsabilité sociale qui les invite à respecter nos engagements et à structurer les leurs. Notre procédure de sélection des fournisseurs intègre des
critères de développement durable pour 22,5 % de la notation globale. Nous travaillons aussi sur les impacts de notre activité sur la santé humaine en privilégiant des partenaires industriels certifiés OEKOTEX standard 100.
3/ Nous avons mesuré nos impacts environnementaux, et entrepris de les réduire. En 2008, nous avons réalisé un bilan carbone de notre site de Quimper et pris l’engagement de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 10 % en deux ans. Nous optimisons la chaîne logistique en privilégiant notamment les transports alternatifs à la route et à l’avion. Nous avons recours à une filière de coton biologique certifiée ECOCERT.
4/ Nous sommes très impliqués au niveau local. Nous sommes membres de
l’association « Produit en Bretagne ». Nous soutenons des initiatives de mise en valeur du patrimoine breton (Brest 2008, Armada de Rouen, Festival du chant marin, Fêtes maritimes de Douarnenez, conservation de l’Ile Tristan, etc.). Ces actions de mécénat représentent 2 % de notre chiffre d’affaires annuel.
Selon vous, cette démarche a-t-elle aidé votre percée sur le marché du vêtement professionnel ?
Avant tout, il y a notre savoir faire textile basé sur la qualité de nos produits. Depuis 2003, nous proposons désormais une prestation complète allant de la prise de commande à la livraison des vêtements et accessoires parfois même à domicile ainsi que le service après-vente.
Le développement durable nous donne la capacité de parler sereinement avec les donneurs d'ordre qui, aujourd’hui, sont de plus en plus nombreux à inscrire le DD dans leurs appels d’offres. Pour nous, ce type de démarche n'est pas une contrainte, c'est un moyen de valoriser nos engagements en espérant bénéficier d'un avantage concurrentiel.
Est-ce aussi un avantage sur le marché grand public ?
Oui. Les consommateurs réclament de plus en plus de garanties. Ils souhaitent des produits de qualité, sains et tracés. Nous avons la sensation qu’ils en ont un peu assez d’acheter un vêtement à faible prix qui change de couleur au premier lavage. Et aujourd’hui, ils regardent même où sont fabriqués les vêtements. Cette évolution met les entreprises face à leurs responsabilités.
Le textile est un marché mondialisé. Quels sont les avantages et les inconvénients à produire en France ?
Environ 40 % de l’offre Armor Lux est encore « made in France », en particulier les petites séries, les collections de sous-vêtements ainsi que les tissus qui sont fabriqués à Quimper et dont la confection est sous-traitée dans l'espace euro-méditerranéen. Je ne vois pas beaucoup d’inconvénients à produire en France. Le savoir faire y est exceptionnel, l’outil de production performant, les conditions sociales optimales. C’est un gage de sécurité et de réactivité pour les clients, et pour nous, une fierté de continuer à défendre des emplois et un savoir faire breton.
Et qu'en est-il de la crise ? Le développement durable vous permettra-t-il de traverser plus sereinement cette période difficile ?
Nous avons la faiblesse de le croire, car les préoccupations de développement durable sont aussi celles de ceux qui gèrent de façon rigoureuse leur porte-monnaie. 
En 2009, le commerce multimarques traditionnel risque d’être fortement impacté. Aussi, nous allons poursuivre le développement de notre réseau de boutiques, aujourd’hui de 30 points de vente, pour maintenir nos parts de marché. Au fil des années, nous avons réussi à construire une marque rassurante. Nous sommes ancrés sur des valeurs anciennes de tradition et de qualité. En période de crise, ce sont des valeurs refuge pour le consommateur.
Pour en savoir plus : www.armorlux.com
Propos recueillis par Yves Vilagines







