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Jean-Jacques Boutrou, directeur d’AVSF

Fort de trente ans d’expériences, AVSF, Agronomes et Vétérinaires sans Frontières, est présent sur le terrain en Amérique du Sud, dans les Caraïbes, en Afrique, à Madagascar et en Asie pour lutter contre la faim dans le monde et le changement climatique en soutenant l’agriculture paysanne, une agriculture familiale qui s’inscrit dans des critères de durabilité et de respect de l’environnement. Elle mène plus de 60 projets de développement en Amérique du Sud, en Afrique, à Madagascar, au Cambodge, au Vietnam et en Mongolie.
AVSF collabore avec les institutions des pays du Sud et du Nord, les fondations d’entreprises et les entreprises qui souhaitent monter des partenariats.

Comment vous y prenez-vous aujourd’hui pour intensifier la production agricole ?
Nous savons qu’il y a plus de 2 milliards d’individus sur la planète qui développent une agriculture familiale et de petites exploitations. Ils jouent un rôle considérable dans la lutte contre la faim. L’enjeu, pour nous, consiste, d’une part, à intensifier leurs productions tout en gardant les modes de cultures et d’élevages familiaux et paysans ; et, d’autre part, à sécuriser ces productions en apportant nos savoir faire en matière de lutte contre les intempéries, les invasions d’insectes, les maladies parasitaires.

L’intensification des productions est réalisée dans quel but ?
Notre priorité est d’approvisionner les producteurs et les marchés locaux. L’enjeu est considérable, il s’agit de produire suffisamment pour fournir les marchés régionaux. Nous donnons la priorité aux cultures vivrières mais bien souvent, elles se combinent avec des cultures de rentes. C’est le bon sens paysan.

Comment faites-vous pour préserver les ressources naturelles ?
Nous tenons compte des savoir faire des paysans, des économies locales. Les réponses techniques que nous apportons sont parfois orientées vers l’utilisation de produits chimiques car la priorité reste l’alimentation. Nos interventions visent alors à rationaliser l’utilisation d’intrants chimiques pour éviter les gaspillages et les impacts négatifs sur la santé. Si les techniques développées sur place sont performantes, nous proposons l’approche biologique.
En règle générale nous veillons à la fertilité des sols, l’économie de l’eau et le maintien de productions végétales variées et adaptées au terroir.

Avec les cultures de rente, vous proposez donc aussi un accès au marché international. S’agit-il forcément de commerce équitable ?
Non pas exclusivement. Bien sûr, nous veillons à établir des conditions de production favorables aux petits producteurs en jouant sur l’accès au marché et les prix. Pour nous le commerce équitable est un levier mais ça n’est pas une finalité. On mesure les effets positifs du commerce équitable à la capacité des producteurs à accéder à tous types de marchés.

Comment s’organisent les relations Nord/Sud au sein d’AVSF ?
La coopération décentralisées, d’abord : là, nous travaillons avec les collectivités locales (départements, régions) en tant que conseil et/ou opérateur délégué pour leurs projets de coopération.
Sur le plan économique, ensuite : nous mettons en relation les producteurs qui produisent des denrées pour le marché international avec l’ensemble des autres acteurs économiques afin que se créent de véritables filières commerciales.

Dans un contexte d’urgence climatique est-ce que des techniques expérimentées dans les Sud peuvent servir aux agriculteurs de nos régions ?
Bien sûr, dans les Sud, à différents endroits, nous nous associons à des expérimentations dans le cadre de programmes d’agro-écologie.
Je pense à la technique de semis sous couvert actuellement expérimentée à Madagascar et au Brésil. L’idée c’est d’éviter le labour, gourmand en ressources non renouvelables et généreux en émissions de GES. Le tapis végétal permet de limiter la facture d’énergie et de réduire encore l’émission de CO2 par la photosynthèse. Ainsi, tout un cercle biologique vertueux se constitue et du coup, ces techniques sont expérimentées aussi en Europe.
Suite à la chute du mur de Berlin et à la pénurie de pétrole à Cuba, nous avons observé la manière dont l’agriculture cubaine s’est adaptée à ces nouveaux impératifs. Ne pouvant plus utiliser beaucoup d’intrants, Cuba a développé une agriculture raisonnée, biologique en utilisant de nouvelles techniques culturales.
Lorsque les agriculteurs d’ici se rendent sur place, ils apportent des savoirs, certes, mais ils se nourrissent aussi des techniques locales.

Du coup, vous avez des propositions intéressantes à faire sur les thèmes du développement durable aux entreprises ?
Oui, c’est bien la combinaison des actions menées par les ONG, les pouvoirs publics et les acteurs économiques qui permet d’avancer.
C’est pourquoi AVSF propose plusieurs types de partenariats avec les entreprises.
Le mécénat, d’abord, est une forme de contribution financière directe par projet.
Les aides sous forme de prêts de compétences consistent, pour les entreprises partenaires, à envoyer des salariés sur des terrains au Sud dans le cadre de congés solidaires.
Les produits partages permettent à l’entreprise de lier la vente d’un de ses produits à un projet mené en partenariat avec notre association.
Les dotations financières font l’objet de contrat sur un projet particulier et peuvent s’étaler sur plusieurs années. Ce sont souvent les fondations d’entreprises qui choisissent ce mode de partenariat.

2010, année de la biodiversité : avez-vous un message particulier à transmettre à nos lecteurs à cette occasion ?
Oui, je souhaiterais leur dire que s’engager dans une dynamique de solidarité est l’affaire de tous. AVSF est convaincue que chaque entreprise a un rôle important à jouer en mobilisant ses ressources et ses compétences pour s’engager en faveur des grands enjeux actuels : la lutte contre le changement climatique et contre la faim dans le monde.
Ensemble, nous pouvons créer, soutenir, encourager, développer, accompagner, renforcer, innover… pour construire, dès 2010 et durablement, une société plus juste et plus respectueuse de son environnement.


En savoir +

AVSF, espace Entreprises

La revue Habbanae d’AVSF
 

"Performance et développement durables"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Jérôme Soistier, président fondateur d'Altadev.

"Le dialogue avec les parties prenantes"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Dominique Royet, directrice associée d'Altadev.

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