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Sébastien Kopp, Co-Fondateur de Veja

Veja, première basket équitable créée en 2005 est la preuve que l’on peut entreprendre autrement en étant durable, équitable et performant !
Pas de communication, véritable succès du bouche à oreille, Veja vend maintenant près de 100 000 paires de basket par an en France, développe une ligne de sacs et est commercialisée dans plusieurs pays d’Europe.
Quelle est la vision d’un commerce équitable de Veja? Quels sont les facteurs de succès de ces baskets labellisées commerce équitable et fabriquées au Brésil ?
Sébastien Kopp, co-fondateur de la marque, nous explique sa démarche.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’origine de Veja?
Au départ, Ghislain mon associé, et moi-même travaillions dans la finance. Notre avenir manquait de perspective et de sens. Nous sommes partis faire le tour du monde des initiatives ‘développement durable’ des entreprises. Notre conclusion a été à l’époque, que le discours de ces entreprises ne rencontrait pas la réalité. On a eu envie de donner vraiment corps à une autre façon d’entreprendre et notre marque de basket Veja est née. Au Brésil parce que les matières premières étaient là et que nous y avons été bien accueillis.

Qu’est ce qui fait de Veja une chaussure ‘équitable’?
Les baskets Veja sont fabriquées au Brésil, selon les principes du commerce équitable : nous nous attachons à bien rémunérer nos fournisseurs locaux et nous favorisons les matériaux naturels : coton biologique, caoutchouc sauvage d’Amazonie etc.
Nous sommes en lien avec une ONG, ESPLAR, située dans le Nordeste, qui accompagne des familles, regroupées en coopérative, dans la production de coton selon les principes de l’agroécologie. L’agroécologie permet aux familles de n’être pas dépendantes d’un type de culture comme le coton par exemple, mais de pratiquer également une agriculture vivrière, qui préserve l’équilibre des terres, sans engrais ni pesticides.
A l’heure actuelle, 320 familles vivent de cette agriculture biologique.
Veja travaille également avec les communautés locales pour le caoutchouc naturel de ses baskets.
Les baskets sont ensuite fabriquées dans une usine du sud est brésilien : depuis 4 ans, cette usine est devenue un véritable partenaire. Notre collaboration est d’ailleurs régulièrement auditée pour garantir notre démarche équitable. En France, c’est l’ONG Ateliers Sans Frontières qui gère la logistique de la vente en ligne.

Justement, quels sont les gages de votre démarche ?
Nos chaussures sont labellisées Max Havelaar, label qui garantit le respect des principes du commerce équitable et qui nécessite un audit de nos pratiques durant toutes les phases de la production des baskets depuis la culture du coton jusqu’à la vente. Cet audit est réalisé depuis 5 ans par l'organisme certificateur FLO-cert. Par ailleurs, nous avons également la certification du coton biologique depuis 2007, auditée par l’IBD, certificateur reconnu au Brésil.
Dans une volonté de transparence, nous avons depuis peu mis en ligne sur notre site internet toutes les informations dont nous disposons sur les étapes de la fabrication de nos produits. Nous n’avons rien à cacher au contraire : il s’agit pour nous de prouver qu’on peut faire des baskets avec des valeurs différentes.
Mais les labels ne sont pas une fin en soi : ils nous mettent également sur la piste des points à améliorer. Nous sommes dans une démarche d’amélioration constante, conscients que notre initiative n’est pas parfaite. Nous avons par exemple encore des progrès à faire : les teintures de nos cuirs ne sont pas encore naturelles par exemple.

Vous essayez également de réduite l’empreinte carbone de vos chaussures ?
Nous avons initié une démarche de compensation carbone au Pérou avec le collectif Pur Projet.
Mais notre priorité est d’agir pour la réduction des émissions de CO2 directement dans notre activité quotidienne : tous les produits voyagent par bateau depuis le Brésil jusqu'au Havre puis par barge jusqu'en banlieue parisienne. Pour alimenter nos bureaux en électricité, nous passons par le fournisseur d’énergie verte et solidaire Enercoop.
Par ailleurs, l’un de nos salariés en interne s’occupe d’évaluer le bilan CO2 de notre activité. Il calcule le bilan carbone de tous les déplacements que nos équipes sont amenées à faire dans le cadre de leur travail. Il s’agit de comprendre en interne quels sont nos principaux impacts en termes d’émission de CO2. Une fois les premiers résultats connus, il est assez facile de réduire nos impacts : on s’est notamment rendu compte qu’il était inutile d’avoir de grandes boîtes à chaussures pour les petites pointures. Nous avons maintenant également de plus petites boîtes.

Comment appliquez-vous le concept de développement durable au sein de votre entreprise ?
Nous avons l’habitude de dire que nous ne faisons pas de développement durable. Pour nous, notre façon de faire relève du bon sens, ça nous paraît normal. Nous ne sommes pas dans une démarche particulièrement écologique ou éthique. Nous sommes informés des dangers d’une activité polluante ou inéquitable et pensons que si tout le monde l’était, notre démarche serait plus ordinaire.

Mais en effet, nous n’appliquons pas seulement notre démarche à la production de nos baskets.
Nous l’appliquons également à notre travail quotidien au siège. Nous avons d’ailleurs récemment déménagé dans de nouveaux locaux que nous ‘éco-concevons’ petit à petit : nous avons préféré une peinture sans solvants, nous avons gardé et refait le parquet et nous aménageons petit à petit les locaux avec des meubles récupérés. Nous ne sommes pas dans la pénitence, dans la culpabilité. Encore une fois, notre démarche relève du bon sens.

Et au niveau social, quelle est votre démarche ?
En interne également nous essayons d’être une entreprise plus juste. Au départ notre démarche avec Ghislain était de créer l’entreprise et les jobs qu’on aurait aimé faire. Chacun a plusieurs missions : la personne chargée de la logistique s’occupe également du bilan carbone par exemple. Nous n’intégrons des stagiaires à nos équipes que s’ils ont une mission réelle et ils sont rémunérés. Nos équipes ont plusieurs avantages sociaux – 13ème mois, intéressement au résultat etc.
Nous nous intéressons également au monde autour de nous. Fin 2009, on a organisé une exposition à la Maison des Métallos à Paris de 7 jeunes artistes de Sao Paulo. Chaque membre de l’équipe s’est investi dans l’organisation. Ca nous fait du bien de nous ouvrir, c’est une richesse collective pour Veja.

Quels sont vos prochains projets ?
Nous avons lancé cette année une ligne de sacs, fabriqués selon les mêmes principes que les baskets. Nous avons actuellement une équipe de trois personnes qui développe la commercialisation de nos produits en Grande-Bretagne.
En fait, on avance à notre rythme : on reste prudent pour grandir bien.
Le fait de produire du coton biologique nous a obligés à ne pas aller trop vite. On a été restreints par le rythme de la production. C’est cela aussi qui nous permet de prendre du recul pour aller vers un projet plus qualitatif : on prend le temps de faire les choses le mieux possible.
Et pour le moment, on ne veut pas trop parler de nos projets. Notre démarche est de parler de ce qu’on a fait et pas de ce qu’on pourrait potentiellement réussir à faire. On a crée Veja pour faire et arrêter de parler.

En savoir +

Le site web de Veja
Le blog de Veja
L'exposition 'Sao Paulo Mon Amour' à la Maison des Métallos

 

   

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