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Christophe DELABRE, Directeur Associé de l'imprimerie Point 44.

Pionnière en impression durable, l’imprimerie Point 44 vient de recevoir sa certification ISO 14 001 d'un Système de Management Environnemental niveau 2. Imprim'vert depuis 2004, certifiée PEFC (Programme Européen des Forêts Certifiées) et FSC (Forest Stewardship Council) en 2007, son expertise en impression propre se renforce chaque année.
Dirigée par Yves Haudiquet, Président Directeur Général & Christophe Delabre, Directeur Associé, cette PMI forte d’une trentaine de salariés a intégré depuis longtemps le développement durable à sa stratégie globale.
Avec ses 9 % de progression pour l’année 2008, l’entreprise semble, en ces périodes de désordre économique, gagnante sur toute la ligne. Christophe Delabre nous livre ici les secrets d’une réussite incontestablement liée aux engagements écologiques historiques de ces deux dirigeants hors norme dans le secteur de l’impression.

Vous êtes entrés dans une démarche Développement Durable en 2000, quelles ont été vos principales motivations ?

Nous sommes entrés dans cette démarche bien avant puisque nous avons eu la chance d’avoir comme client le ministère de l’Ecologie qui nous a demandé, dès 1994, d’imprimer sur du papier recyclé.
A cette occasion, nous avons réalisé un certain nombre de documents, dont des agendas 21, dans lesquels le ministère appelait les collectivités locales à s’engager dans des actions de développement durable.
Nous avons lu quelques uns de ces ouvrages et cela nous a paru très intéressant.
Dès 1998, nous avons décidé de faire construire une usine éco-conçue, dans laquelle nous allions pouvoir mettre en œuvre certaines idées.

Qu’est-ce qui, en tant que chef d’entreprise, vous a intéressé dans les propositions du ministère de l’Ecologie ?

C’est l’idée qu’il nous fallait repenser le fonctionnement de l’entreprise dans sa globalité et non pas uniquement en termes financiers. Nous devions imaginer une politique de croissance plus respectueuse de l’environnement, une politique d’achats plus responsable et puis surtout, c’était l’occasion de replacer l’homme au cœur de l’activité.
Ainsi, lorsque nous avons emménagé dans ce bâtiment tout neuf, nous nous sommes dit « l’usine est toute neuve, toute belle, toute propre, nous allons faire en sorte de la maintenir dans cet état-là le plus longtemps possible. » De là, est parti le concept d’imprimeur propre.
Nous avons mis en place le tri sélectif des déchets et le traitement des déchets dangereux par des filières spécialisées. Nous nous sommes dits que plus rien ne devait partir à l’égout. Nous étions entrés dans une démarche Imprim’Vert avant l’heure.
Donc, quand la chambre de Commerce est venue nous parler de la certification ISO 14 001, nous étions pratiquement prêts. Nous l’avons d’ailleurs obtenue en trois mois.

Est-ce qu’il y a eu un "avant" et un "après" label ?

Oui, effectivement. Les chambres de Commerce ont commencé à communiquer auprès des annonceurs en insistant sur le fait que s’ils parlaient d’écologie, il serait bien qu’ils utilisent des procédés de fabrication ad hoc. Elles ont bien sûr communiqué sur le label Imprim’Vert et nous étions très peu à l’avoir obtenue à cette époque.
C’est en cela que ça a très bien marché pour nous. Cela a conforté nos clients sur le fait qu’ils avaient misé sur le bon cheval en travaillant avec Point 44 et cela nous a permis de rentrer quelques affaires et d’avoir de nouveaux clients.
En 2005, nous avons souhaité poursuivre en réfléchissant à la question du confort de travail, dans l’objectif d’améliorer la performance de l’entreprise. Il nous fallait réfléchir aux facteurs de stress liés à notre activité.
Depuis, nous avons établi un protocole qui est devenu le pré-requis à nos collaborations aussi bien en interne, qu’avec nos clients. Il s’articule autour de cette question fondamentale : « comment veux tu que je te prépare le dossier quand tu dois le reprendre derrière moi ? »

Vous dites avoir gagné des parts de marché en améliorant la qualité de votre service client, est-ce qu’il s’agit de cela ?

Entre autres, mais surtout en établissant ce mode d’échanges avec nos clients, nous entrons dans une relation gagnant /gagnant. Pour cela, il faut travailler sur le long terme et créer un contexte et des relations qui vont nous permettre de définir son juste besoin. Il faut que le client soit prêt à redéfinir un cahier des charges en incluant des notions d’éco-conception.
L’éco-conception concerne toutes les étapes de la réalisation d’un document : les formats, les couleurs, les encres de préférence végétales, la diffusion, le poids du document, etc.

Quelle proportion de vos clients est concernée par votre proposition « Edition Durable » ?

A peu près 30 %.

Est-ce que vous avez été touché par la crise ?

Jusqu’à maintenant, non. Notre exercice commence en octobre. Au cours des cinq premiers mois de l’exercice, nous étions à + 2 points par rapport à l’année dernière. En mars, nous chutons légèrement. D’autres entreprises du secteur affichent des résultats à moins 30 %. Il est bon de savoir que pour l’ensemble du secteur de l’impression, la consommation de papier a chuté de 25 % ! Les pertes, pour certains, se situent entre 25 et 30. Dans l’imprimerie, ça va faire très mal cette année. Nous sommes incontestablement moins touchés.

Quelles en sont les raisons selon vous ?

D’une part, nous avons su diversifier nos clients.
D’autre part, il y a ces 30 % de clients concernés par notre service « Edition durable ». Ils nous suivent parce qu’ils ont conscience de l’importance d’afficher sur leurs plaquettes les certifications vertes (PEFS, FSC et ISO 14 001). Ils savent que nous consommons de manière raisonnable et veulent donc poursuivre l’aventure avec nous.

Au-delà du tri systématique de vos déchets d’impression, est-ce que vous utilisez aussi des produits plus respectueux de l’environnement ?

Nous imprimons avec des encres végétales depuis une dizaine d’années. Nous essayons d’imprimer le moins possible en Pantone® et nous déconseillons fortement à nos clients d’imprimer avec des encres métalliques pour des raisons écologiques. Là, nous sommes un peu intégristes mais c’est un choix. A de rares exceptions près, la partie « impression propre » concerne l’intégralité de notre volume d’affaires.
Nous mettons de moins en moins de solvants dans nos machines. A une époque, nous étions à un taux d'utilisation de 15 % alors qu'aujourd’hui, nous en sommes à un taux de 5 %. Et il y a des nouvelles technologies qui arrivent demain sur le marché, qui vont permettre de descendre à 3 % et bientôt à 0.

Concernant le développement durable, est-ce que vous faites un travail de formation / information auprès de vos clients ?

Nous faisons des formations en permanence sur la notion d’éco-conception, nous nous adressons à nos prospects et à nos clients.
Depuis dix ans, deux fois par an, nous organisons les Jeudis de l’été, à l’occasion desquels je fais venir de 80 à 100 personnes à 8.30 le matin à Champigny. Les personnes passent la matinée avec nous et nous les formons, nous les informons sur des sujets qui les intéressent.

Comment prenez-vous en compte l’ensemble de vos parties prenantes ?

Les papetiers connaissent notre positionnement et nous informent en priorité sur les nouveaux produits qui présentent un intérêt environnemental.
Nous les associons aux Jeudis de l’été, nous faisons des salons ensemble et ils nous invitent en tant « qu’experts » pour participer à leurs événements.
Pour les fournisseurs de vernis et d’encres, nous mettons la pression pour qu’ils nous fournissent les produits les plus sympathiques possibles d’un point de vue environnemental.
Après, c’est la place de l’entreprise dans son environnement : le quartier, la commune, le département. Nous menons des actions avec la mairie de Champigny. Nous sommes installés dans une zone franche, donc nous embauchons des personnes qui viennent de quartiers défavorisés.
Nous intervenons aussi dans un grand nombre de groupements professionnels. Nous animons souvent les commissions développement durable. Nous souhaitons inciter nos collègues imprimeurs à aller vers cette politique-là. Car, comme je le dis toujours « sans développement durable, point de salut ».

Quels sont vos projets ?

De toujours faire mieux. C’est pour cette raison que j’ai souhaité réaliser le bilan carbone de notre activité. C’est un bon moyen de mettre en évidence les autres possibilités d’améliorer la performance de l’entreprise. Le bilan carbone permet de pointer du doigt ce qui n'aurait pas été détecté avec les exigences ISO.
A l’interne, j’aimerais créer un contexte qui nous rapproche encore, il faudrait que l’on arrive à se voir plus souvent. Je veux encore améliorer le bonheur et le bien-être de nos collaborateurs.

Quelle est la proportion du chiffre d’affaires que vous devez à votre engagement en faveur du DD ?

Nous avons fait + 9 %  par rapport à l’année d’avant, dans un secteur où les prix baissent de 10 % par an depuis 10 ans.
C’est clair, nous arrivons à justifier de prix plus élevés par la qualité de nos services, la qualité de nos produits garantis par nos certifications. Aujourd’hui, je ne parle pas de produits, je mets plus l’accent sur la qualité de la relation, la manière dont on peut progresser ensemble.
Nous faisons partie des rares PMI à avoir intégré cette démarche développement durable, et bien au-delà de l’unique aspect environnemental. De fait, nous sommes assez sollicités, un peu comme une imprimerie exemplaire qui prouve que le développement durable intégré au cœur de l’activité, cela fonctionne.

Pour en savoir plus ! http://www.point44.com/

"Performance et développement durables"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Jérôme Soistier, président fondateur d'Altadev.

"Le dialogue avec les parties prenantes"


pour en savoir plus sur ce sujet, consultez l'interview de Dominique Royet, directrice associée d'Altadev.

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